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Sébastien FAYE

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Publié le 28.05.2026

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La connectivité : le système nerveux intelligent de l'Europe

Sébastien Faye dirige le groupe de recherche sur la connectivité distribuée et intelligente au LIST. Il est l'une des Voix de la Connectivité, un chercheur pour qui les réseaux ont cessé d'être de simples infrastructures pour devenir l'épine dorsale de tout ce que l'Europe cherche à construire.

La connectivité est partout, et pourtant on ne la voit pas. Elle oriente les véhicules autonomes, relie les systèmes hospitaliers, sous-tend l'automatisation industrielle, tient ensemble les villes intelligentes. Dans les débats sur la transformation numérique, les réseaux passent pourtant souvent inaperçus — réduits à des tuyaux, utiles mais passifs. Pour Sébastien Faye, ce raccourci rate quelque chose d'essentiel.

« Les réseaux deviennent de plus en plus intelligents, autonomes et dignes de confiance. »

Ce qu'il décrit n'est pas une évolution à la marge. C'est un changement de nature. Les réseaux ne se contentent plus de transporter de l'information : ils perçoivent, anticipent, agissent.

 

Rapprocher l'intelligence des lieux où les données naissent

L'essor des applications gourmandes en données, la diffusion de l'IA dans tous les secteurs : les réseaux sont sous une pression inédite. Mobilité, santé numérique, industrie, ville intelligente, chaque usage réclame désormais une connectivité non seulement rapide, mais finement ajustée selon où le calcul, la donnée et l'intelligence doivent se trouver.

« De la mobilité à la santé numérique, en passant par l'industrie et les applications urbaines, nous devons penser les réseaux comme une partie d'un continuum appareil-périphérie-cloud, où les ressources de connectivité, de calcul et d'IA sont placées là où elles sont le plus utiles. »

Rapprocher l'intelligence des lieux où les données naissent et où les décisions s'imposent, c'est permettre des réactions locales plus rapides, une meilleure coordination, une moindre dépendance à des centres distants. Pour un véhicule qui lit la route en temps réel, un dispositif médical qui surveille un patient, un robot sur une chaîne de production, ce n'est pas un détail, c'est ce qui rend le système viable.

Au LIST, Sébastien Faye et son équipe travaillent à ce croisement entre connectivité, calcul et IA, pour des systèmes allant de la 5G à la 6G et au-delà.

IA et jumeaux numériques : tester le futur avant qu'il n'arrive

Deux technologies structurent l'approche du LIST : l'intelligence artificielle et les jumeaux numériques.

« L'IA peut nous aider à prédire et à anticiper ce qui pourrait se passer sur un réseau. »

C'est un renversement dans la logique de gestion des réseaux : plutôt que de réagir aux incidents, on les devance. Les systèmes repèrent des tendances, projettent des états futurs, interviennent avant que le problème ne se matérialise.

Les jumeaux numériques prolongent cette logique. Ce sont des répliques virtuelles en temps réel d'un réseau physique, utilisées comme environnements de test : on y éprouve des configurations, des algorithmes, mais aussi — et c'est ce qui retient l'attention — des principes éthiques.

« Les jumeaux numériques sont des sandbox où nous pouvons tester et optimiser différents principes éthiques avant de les appliquer dans le monde réel. »

Quand les décisions d'un réseau conditionnent l'accès aux soins, la sécurité des personnes ou le bon fonctionnement de services essentiels, les valeurs encodées dans ces systèmes ne sont pas anodines. Les jumeaux numériques permettent de les interroger sérieusement, avant qu'elles ne produisent des effets réels et difficiles à défaire.

Le triple impératif européen

Pour Sébastien Faye, la connectivité engage la place de l'Europe dans le monde selon trois axes qui se tiennent.

« Pour l'Europe, la connectivité est essentielle pour trois raisons : la souveraineté numérique, le déploiement d'applications critiques, et la résilience des services du quotidien dont citoyens et entreprises dépendent de plus en plus. »

Souveraineté, capacité, valeur sociale : trois termes qui forment ensemble ce qu'il appelle l'épine dorsale de l'infrastructure numérique européenne. Garder la maîtrise de ses réseaux, de ses flux de données, de ses plateformes. Être en mesure de déployer des applications exigeantes — santé connectée, transport autonome, systèmes énergétiques, défense, industrie. Et faire en sorte que la connectivité serve réellement la vie des gens, reste accessible, fiable, digne de confiance.

Au Luxembourg, les travaux du LIST donnent à cette ambition une traduction concrète : optimisation des réseaux par IA dans le respect des limites d'exposition électromagnétique, jumeaux numériques capables d'anticiper les pannes, intelligence déportée vers la périphérie pour que les systèmes critiques trouvent là où ils en ont besoin la réactivité et la robustesse nécessaires.

Au-delà des sauts de génération

Ce que Faye dessine, c'est une autre façon de penser la connectivité. La question n'est plus combien de données on peut faire passer, ni à quelle vitesse. Elle porte sur ce que les réseaux peuvent faire, comment ils peuvent s'adapter, et à quel projet collectif ils peuvent contribuer.

Une connectivité ultra-fiable et à faible latence n'est pas une sophistication technique parmi d'autres. C'est ce qui permet à un véhicule autonome de ne pas dévier, à une opération à distance de se dérouler sans accroc, à une plateforme industrielle de ne pas flancher. Le système nerveux intelligent, dit Faye, dont l'Europe numérique a besoin.

Cela suppose aussi de sortir d'une logique où les réseaux n'évoluent qu'à grands sauts générationnels. La standardisation et les feuilles de route à long terme resteront nécessaires mais au-delà des cycles 3G, 4G, 5G, 6G, les réseaux devront aussi savoir se transformer en continu, au fil des mises à jour logicielles, des données, des modèles d'IA.

« Les réseaux du futur ne devraient pas évoluer uniquement par grandes ruptures générationnelles. Ils devraient devenir des plateformes programmables et nativement IA, pouvant être mises à jour, optimisées et étendues progressivement, au fur et à mesure qu'ils opèrent. »

Les réseaux qu'on conçoit aujourd'hui ne transporteront pas seulement des données. Ils transporteront des décisions et avec elles, la confiance, la capacité d'adaptation, et la responsabilité qui en découle.

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