Prolifération des algues bleues : le LIST est sur le qui-vive

Publié le 02/08/2019

Chaque année, en période estivale, les algues bleues, ou cyanobactéries, prolifèrent dans les plans d’eau de baignade et récréatifs luxembourgeois (lacs de de la Haute-Sûre et de Weiswampach, Moselle, et à moindre mesure les étangs de Remerschen).  A partir d’un certain seuil, ces cyanobactéries sont potentiellement toxiques et toute baignade ou activité nautique est interdite. Parmi les symptômes causés par ces cyanobactéries figurent : des irritations cutanées ou des dérèglements gastro-intestinaux, voire un impact sévère sur le foie, les reins et le cerveau en cas d’exposition chronique ou à forte dose.

Le LIST surveille activement leur développement sur les différents sites avec l’équipement de terrain de routine, mais de plus en plus également avec des drones et des bouées équipées de capteurs qui transmettent les données via le réseau 4G, le tout évidemment couplé à des données météorologiques. Pour l’instant, l'Administration de la Gestion de l'Eau, pour laquelle le LIST fournit son expertise, a placé le Luxembourg en état de pré-alerte. Mais selon le microbiologiste Christian Penny, en charge de ce sujet au LIST, « cela ne saurait tarder », les algues bleues seront bientôt de retour parmi nous.

Le Luxembourg est-il plus touché qu’ailleurs et si oui pourquoi ?

Le Luxembourg est de plus en plus concerné par les cyanobactéries : l’année passée elles étaient détectées pour la première fois depuis des décennies dans les lacs de Weiswampach ; depuis deux ans également dans la Moselle. En revanche pour le lac de la Haute-Sûre le phénomène est observé depuis les années 70. Pourtant le Luxembourg n’est pas plus touché qu’ailleurs : il s’agit d’un phénomène mondial, les cyanobactéries ont de plus en plus d’impact. L’année passée des chiens sont morts en France après ingurgitation d’eau de rivière contaminée. Le LIST est d’ailleurs en échange permanent avec les autorités françaises et allemandes à propos de la Moselle. Non seulement les cyanobactéries touchent de plus en plus de pays, mais c’est surtout leur précocité qui nous inquiète: chaque année, elles tendent à apparaître plus tôt. Il y a huit ou neuf ans, l’alerte était donnée en septembre voire début octobre. L’année passée le seuil critique était déjà atteint le 24 juillet.

La prolifération des algues bleues est-elle liée au changement climatique ?

On peut le supposer. Il y a quatre facteurs majeurs derrière le développement des cyanobactéries : le vent, les températures, le fort ensoleillement, et surtout la disponibilité des nutriments. Le changement climatique favorise l’augmentation de CO2, l’augmentation des températures, en particulier à la surface des lacs (les algues bleues se développent en particulier sur 30 cm en dessous de la surface), les périodes prolongées de beau temps, mais aussi l’apparition de fortes pluies (orages, etc.) qui apportent également des nutriments aux cyanobactéries. Il y a peut-être également la perturbation de la balance trophique, c’est-à-dire de l’écosystème en soi. La corrélation entre la prolifération des cyanobactéries et le changement climatique a déjà été démontrée à maintes reprises par la communauté scientifique.

Quelles solutions existent ?

Des solutions existent mais elles sont compliquées à mettre en place. Par exemple le lac de la Haute-Sûre est un réservoir d’eau potable donc tout traitement chimique est impossible. Une autre technique serait d’isoler les algues bleues mais les zones à traiter sont beaucoup trop vastes. Le traitement par ultrasons est possible, mais uniquement sur une petite surface et il peut potentiellement impacter l’écosystème. La meilleure approche reste la prévention, en limitant l’apport en nutriments (phosphore et azote). Par exemple, l’introduction de zones de plantations sur les versants des lacs permettrait de retenir les nutriments. Malheureusement les versants du lac de la Haute-Sûre sont en pente, constitués de roche et recouverts d’une couche de terre trop peu profonde pour introduire de manière générale ces plantations. La redéfinition de zones de protection est en cours de finalisation, ce qui permettra, espérons-le, à long terme de réduire l’apport en nutriments, mais le lac en est tellement riche que cela va prendre quelques années.

En attendant, le LIST veille. N’hésitez pas à consulter l’état des eaux de baignade au Luxembourg.

 

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Dr Christian PENNY
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