Un tableau de bord transversal des projets de la TaskForce COVID-19 Luxembourg

Publié le 16/07/2020

En parallèle des 13 groupes de travail officiels de la TaskForce COVID-19 Luxembourg – aussi nommés WP pour Work package en anglais - une autre activité coordonnée par Benoît Otjacques, chef de l'unité Data Science and Analytics au sein du département ITIS du LIST, sert de tableau de bord général de ces projets.

«Dans mon cas, cela est un petit peu étrange. Je suis en effet impliqué dans un autre groupe de travail, le WP0. Il s’agit du dernier groupe ayant vu le jour. Dans une première phase, plusieurs groupes de travail se sont axés sur des aspects spécifiques de la crise, tels que le développement de marqueurs prédictifs, de projections statistiques, ou encore l’évaluation de l’impact économique de cette pandémie. Après quelques semaines, l’idée est venue de créer le WP0, adoptant une structure différente,», témoigne Benoît Otjacques.

L’idée de ce tableau de bord transversal, coordonné par Benoît, est née il y a un peu plus de deux mois.

«Il est clair que nous sommes confrontés à une crise mondiale, ce qui signifie que tout le monde, dans presque tous les secteurs et pays du monde est touché. Ce n’est donc pas une crise locale dans un unique secteur de notre vie, mais plus ou moins tout. Des personnes disposent d’une expertise dans l’une ou l’autre des différentes facettes de la COVID-19 - cela peut être l'épidémiologie, l'économie, la vie sociale, ou bien d’autres domaines encore. Il est particulièrement important que des gens puissent se concentrer sur un aspect spécifique,» explique Benoît.

Cependant, le tableau de bord global ne se focalise pas sur un aspect spécifique de la lutte contre le coronavirus au Luxembourg, mais vise à fournir une vue d’ensemble transversale.  

«Le vrai problème auquel nous faisons désormais face est ce dilemme entre la santé publique et l'économie. Il ne s’agit pas de choisir des résultats basés uniquement sur la santé publique, uniquement sur l'économie, ou uniquement sur la vie sociale.  Tout devrait être pris en compte,», déclare Benoît avant d’ajouter que «l'idée est d'avoir une vue d'ensemble de ce que nous avons appelé les verticales (qui se concentre sur un aspect), comme par exemple les verticales dans la logistique ou celles dans les tests à grande échelle. Il existe ainsi des verticales qui sont dirigées par des experts. Si nous parlons de socio-économie, il s’agira principalement du LISER, tandis que le LIH et le LCSB seront concernés par l’épidémiologie, et l’Université du Luxembourg ainsi que le LIST par la logistique. De nombreux groupes existent».

Avoir un outil avec une vision globale soulève deux défis principaux: «L'un est un défi technologique informatique. Beaucoup de données sont disséminées partout, dans divers formats, et sont plus ou moins disponibles. De même, de nombreux modèles sont disséminés dans différentes situations : des modèles du LISER, du LCSB etc. Il n'est donc pas facile d'accéder aux données et aux résultats des simulations, ce qui constitue un véritable défi technique».

Le second défi est d'engager et d'impliquer les institutions comme les parties prenantes dans le partage des informations à inclure dans le tableau de bord transversal. «Je me suis donc concentré sur ces points en essayant de créer ce tableau de bord relatif à la pandémie COVID-19,», déclare Benoît avant de préciser que «nous le gérons étonnamment bien, dans le sens où nous avons maintenant construit le tableau de bord. Nous nous sommes appuyés sur une infrastructure du LIST, le Mur de visualisation (de l’anglais Visual Wall), et l’avons combiné avec des tableaux interactifs ainsi que des technologies d'interaction».

Le Mur de Visualisation est un impressionnant mur numérique constitué d’une multitude de données et de graphiques. Un accès à distance est également possible via un ordinateur de bureau, «mais dans ce cas, vous n'aurez pas toute l'expérience que vous avez devant le mur», ajoute Benoît.

Les premiers partenaires du projet de tableau de bord ont été le LCSB et le LISER, avec des données principalement relatives à la santé de la part du LCSB. Ces dernières, qui sont d’ores et déjà intégrées, montrent notamment des modèles de propagation de l'infection dans la population. Les données du LISER sont également visibles et concernent davantage les prévisions d'impact, par exemple, sur le PIB au niveau mondial et par secteur économique dans différents scénarios.

Cet outil que représente le tableau de bord transversal cible deux types d'utilisateurs comme le précise Benoît. «Nous avons les chercheurs et la communauté de recherche. Il y a en effet un fort intérêt pour le nettoyage et la validation des données, la vérification des modèles, etc., entre et parmi les disciplines. Il est donc très utile pour les chercheurs de pouvoir vérifier les modèles les uns par rapport aux autres. Les autres utilisateurs sont les décideurs. Dans ce cas, nous proposons un outil collaboratif d'aide à la décision qui permet aux décideurs de changer les variables dans des scénarios de gouvernance et des scénarios de type: Que se passerait-il si?».

Les décideurs seront ainsi en mesure d'exécuter divers scénarios, comme par exemple: que se passerait-il si le Luxembourg ouvrait toutes ses écoles maintenant? Que se passerait-il si le pays assouplissait les mesures de distanciation sociale? Et si le taux d'infection augmentait? Etc.

Le tableau de bord a-t-il une visée nationale ou également internationale?

«La porte est encore ouverte et nous sommes toujours en train de discuter avec d'autres acteurs pouvant se joindre à cette initiative, comme Luxinnovation que nous avons rencontré récemment. Nous proposons donc à d’autres acteurs de mettre ce tableau de bord à leur disposition, et les invitons à nous rejoindre ainsi qu’à partager les informations qu'ils souhaitent,» déclare Benoît avant d’expliquer que le Luxembourg est peut-être l'un des rares pays au monde à disposer d’un tel tableau de bord transversal permettant une vue d'ensemble facile à comprendre pour les non-experts, et ce, dans des domaines spécifiques. «Je ne sais pas combien de pays l'ont, mais je comprends que dans de grands pays, le grand nombre d'administrations, d'acteurs et d'habitants rend la situation plus complexe qu'au Luxembourg. Cela pourrait donc servir à l’agilité du Luxembourg. Plus tôt le décideur connait la situation sur la base des résultats de la recherche, plus vite il peut réagir et prendre une décision - un point qui s’aligne avec la tradition du Luxembourg en termes d'agilité,» détaille Benoît.

Quels sont les accomplissements pour le Luxembourg jusqu’à présent?

«Nous avons effectué plusieurs démonstrations et d'autres sont encore prévues. Je pourrais dire que dans quelques semaines, la quasi-totalité des acteurs et institutions - LISER, LIH, Uni, LCSB etc.- du Luxembourg l'auront vu. Certains ont déjà contribué activement et nous les remercions pour leur engagement. Nous sommes encore en discussion avec d’autres, et disposons maintenant d’une belle avance sur la phase de sensibilisation.

Bien que le système en lui-même ne soit pas complet, une version bêta est disponible et a été élaborée en 6 à 7 semaines sur base de la technologie du LIST. Nous avons donc construit le système, démontré qu'il fonctionne et que le fait d'avoir côte à côte des informations provenant de divers domaines et aspects de la crise fonctionne également. Désormais, des personnes nous appellent et demandent à voir le voir».

Certains aspects de cette activité sont familiers aux projets existants du LIST. «Nous avons, par exemple, un projet financé par le Fonds National de Recherche (FNR) dans le domaine de la logistique, Acting NoW, et nous prévoyons également d'utiliser ce tableau de bord qui devrait être alimenté par les résultats du secteur de la logistique. Nous avons aussi des liens avec le projet REBORN», souligne Benoît.

Benoît conclut en indiquant les domaines dans lesquels le département ITIS du LIST est directement impliqué: «Certains des éléments de base de ce tableau de bord ont été développés au LIST, comme par exemple la couche d'intégration du logiciel DEBORAH. Il ne s'agit pas seulement de prendre certains éléments développés par d'autres, même si certains le sont bien sûr, mais que le département ITIS du LIST puisse apporter d’importantes contributions».

A propos de Benoît Otjacques

Benoît Otjacques dirige l'unité Data Science and Analytics au sein du département de recherche ITIS du LIST. Cette unité nouvellement créée rassemble une cinquantaine de chercheurs et d'ingénieurs qui unissent leurs forces pour imaginer, concevoir, mettre en œuvre et évaluer des systèmes informatiques innovants qui gardent l'homme dans la boucle. Depuis son arrivée il y a près de 25 ans auprès de la précédente structure ayant donné naissance au LIST, Benoît a occupé différents postes de management dans des entités de recherche axées sur les technologies de l'information.

Il est titulaire d'un diplôme d'ingénieur de l'Université de Louvain (Belgique) et d'un doctorat en science informatique de l'Université de Namur. Il travaille sur des sujets de visualisation depuis près de 20 ans. Outre son intérêt profond sur «comment utiliser au mieux les incroyables capacités de vision des humains pour comprendre le monde et résoudre des problèmes complexes», il est également passionné par la mise en relation des communautés de recherche avec le monde des affaires. Son but ultime est d'avoir un impact sur le monde réel. Il vise notamment à mettre au point des technologies innovantes issues de la recherche scientifique et pouvant être utilisées en pratique pour résoudre des problèmes concrets. A titre d'exemple, il coordonne le Programme pluriannuel sur les Sciences des Données (de l’anglais : Data Sciences) inclus dans le partenariat stratégique entre le LIST et Goodyear.

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Dr Ir Benoît OTJACQUES
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